et sacris voluptas sit




dovepers@doveperspicacius.com


CLAIRE WALLOIS & COLOMBE FERTÉ-FOGEL

Notre collaboration débute en 2010 autour d'un tableau à quatre mains commémorant l'issue miraculeuse d'un de nos accidents de voiture. Ce fut la naissance de Dove Perspicacius. Le fonctionnement en duo s'est imposé par la proximité qu'entretiennent nos vies et notre travail. Les allers-retours qui lient ces deux sphères fondent notre création.

L'idée est d'explorer une façon mythique de vivre le monde; transfigurer les évènements sur une échelle épique. Chacun vit, parfois plusieurs fois, une apocalypse ou une résurrection. Etre Dalila coupant les cheveux de Samson en tondant sa pelouse enrichit et intensifie un acte anodin. Il s'agit d'accepter la valeur de ce mode d'interprétation de la réalité partagé par tous. Il n'entre pas en conflit avec le rationnel. Cette réalité augmentée - où les plans du vécu et du sacré sont en connexion permanente - est la matière première à laquelle nous donnons forme.

Notre travail est conduit par une idée que nous partageons du rôle de l'art : c'est la réalisation de l'idéal. Semblable au héros, l'artiste montre la restauration de l'harmonie. Il révèle le potentiel d'idéal du monde et communique le plaisir de sa découverte aux autres en les invitant à suivre sa piste.


Par leur puissance ou leur ressemblance à des archétypes, certains évènements (de notre vie ou de celle de nos proches) se relient d'emblée à la sphère du mythe. Nous les avons commémorés en peintures, en broderies, en statuettes... Ces objets ont été regroupés dans des autels pour former un grand récit. L'utilisation de formes empruntées au sacré - des figures et des codes esthétiques- transfère à ces objets un pouvoir divin. Il ne s'agit pas de croyances, mais plutôt d'une conception qui invite à la célébration.
Revivre des évènements mythiques nous plonge dans un temps primordial et cyclique. Nous fabriquons nos objets comme ils l'ont été la première fois, à partir de matériaux bruts qui n'ont pas été façonnés par la culture, dans un retour à la virginité de l'âge d'or.
Dans cet état idyllique, l'homme éprouve intensément le plaisir de façonner la matière.
Le plus important est que l'idée s'incarne, il ne s'agit pas de questions d'originalité stylistique ou d'habileté technique. Cette primauté du plaisir dans la réalisation, le naturel de l'activité manuelle peuvent conduire à la simplicité des techniques de "loisirs créatifs" sans dimension critique.


Cette façon de percevoir et d'agir dans un monde enrichi ne nous est pas exclusive. Quand nous la rencontrons, des projets d'une autre nature peuvent naître pour lui rendre hommage : rendre visible cette démarche fait prendre conscience de son universalité.
Deux frères de notre entourage, Pierre et Mario, ont entraîné la réalisation d'un film qui les suit depuis 2007, de l'enfance à l'adolescence. Leur jeu comme compréhension du monde, leur accomplissement de la vie sur le mode du plaisir les engagent à chaque épisode dans une grande aventure.
Fun Saver, un livre de photographies de lieux de loisir, révèle l'imbrication sur un même espace des dimensions réelles et idéales dans l'architecture thématique.